En l'absence de possibilités de réfrigération, il fallait conserver le poisson en vie et le vendre le plus rapidement possible. A Strasbourg, le marché aux poissons du vendredi réunissait de nombreux pêcheurs du Rhin et de ses affluents. Là, les pêcheurs pouvaient revendre leur pêche de la semaine à la pièce, sans pesée.
Il faut rappeler que dans la religion chrétienne, le vendredi est le jour de la Passion et de la mort de Jésus-Christ sur la croix. Ce jour-là, les croyants s'abstiennent de manger de la viande, ils font « maigre ». Maigre aussi durant le temps de Carême, c'est-à-dire 40 jours avant Pâques. Pour des repas somme toute équilibrés, ils se sont mis à consommer du poisson à la place de la viande les jours « maigres ».
Les épouses Bauer et Lauffenburger, tirant une petite remorque à 2 roues, venaient de la forêt à pied jusqu'à Plobsheim et les villages environnants pour vendre le poisson pêché le matin même par leurs époux, l’arrosant de temps en temps d’eau fraîche.
Charles Goetz faisait cet itinéraire avec ses vaches traînant des barriques de poissons. Bien souvent il avait déjà tout vendu entre Plobsheim et Eschau.
En une heure en tramway, Bernard Finck allait livrer son poisson vivant jusqu’à Strasbourg. Les Juifs appréciaient particulièrement les barbeaux qu’ils tuaient rituellement. Les pêcheurs les appelaient « Judenfisch ».
Mais la plupart des pêcheurs de Plobsheim vendaient leurs produits au village, aux particuliers mais aussi aux restaurants du village comme La Vignette, les Deux Clefs et le restaurant du Moulin qui proposaient de la friture et la fameuse matelote alsacienne !
Le métier de pêcheur ne permettait pas de faire fortune. Beaucoup d'entre eux avaient une activité annexe : l’agriculture essentiellement en été et en hiver, le bûcheronnage dans la forêt rhénane. Plus tard, d’autres encore travaillaient à l’usine SACEM à Graffenstaden une partie de la journée.