Eugène Kohler, professeur et éleveur

Ses études

Jean Jacques Eugène Kohler est né le 28 février 1887 à Strasbourg. Après des études secondaires au Gymnase Jean Sturm, il entre à la Kaiser-Wilhelms-Universität de Strasbourg en 1905 pour étudier la philologie romane, la philologie étant l'étude d'une langue et de sa littérature à travers l'analyse critique de documents écrits. Il réussit son doctorat en 1911 grâce à sa thèse portant sur sept églogues dramatiques espagnols (poèmes de style classique ayant pour objet un sujet pastoral). L'année suivante, il quitte Strasbourg pour s'inscrire à la Sorbonne à Paris. II obtient alors une licence ès lettres en langues méridionales en 1913.

Sa carrière de professeur à l'université

Mobilisé dans l'armée allemande de 1914 à 1917, Eugène Kohler est chargé de la gérance d'une propriété rurale en Pologne.

De retour à Strasbourg, il est embauché comme lecteur de français et de philologie romane à l'Université alors qu'elle est encore allemande.

Après le retour de l'Alsace à la France. il est nommé maître de conférences à la Faculté des Lettres de Strasbourg et il y enseigne d'abord la philologie italienne et espagnole. Dès 1919, il crée les cours d’été à la faculté de Lettres destinés au personnel enseignant alsacien des écoles primaires, puis, à partir de 1921, aux étudiants étrangers.

En 1929, il est d'abord promu professeur sans chaire ; puis huit années plus tard, professeur titulaire de la chaire de philologie espagnole et italienne qui vient de se créer.

Mobilisé en 1939 comme officier de réserve, il rejoint, après l'armistice de 1940, l'Université de Strasbourg repliée à Clermont-Ferrand.

De retour en Alsace après la Libération en 1945, il devient Directeur d'études pour les langues méridionales, sa bibliothèque personnelle est estimée à environ 4000 ouvrages. C'est en 1952 qu'il met en place l'enseignement du portugais conduisant à deux certificats supérieurs : la philologie et la littérature. Il fait valoir ses droits à la retraite en 1958 et prend le statut de professeur émérite.

Pour son travail de correcteur et d'examinateur de langues espagnoles et italiennes au concours d'admission à l'Ecole navale, il est fait chevalier de la Légion d'honneur. Hispaniste réputé, E. Kohler a le privilège de recevoir trois titres honorifiques de la part des instances espagnoles : commandeur de l'ordre d'Alphonse X le Sage, commandeur du Mérite Civil et officier de l'Ordre d'Isabelle la Catholique.

Eugène Kohler, éleveur à Plobsheim

En janvier 1918, il achète le Château de la Thumenau à Frédéric Huck, agriculteur.

Parallèlement à son activité d'universitaire, Eugène Kohler va consacrer une grande partie de son temps à l'étude des animaux à fourrure à son domicile plobsheimois. 

Il publie plusieurs articles à ce sujet dans la revue «Vie à la Campagne» et en 1929, l'élevage de la Thumenau devient une station expérimentale dédiée au vison pour cette revue agricole. Il propose même un système de pension pour cette espèce.

Outre le vison, E. Kohler a une autre spécialité : le lapin Castorrex (fourrure brune, duveteuse, dense et courte qui rappelle celle d'un castor). Race apparue spontanément dans un village sarthois en 1919, elle est développée par l'abbé Gillet, curé de cet endroit. Mais celui-ci ignore les lois génétiques et les lapins montrent des malformations du fait de la consanguinité. En 1925, E. Kohler achète ses premiers Castorrex à cet abbé et commence les hybrider avec toutes les autres races existantes ! Comme il possède trois mâles Castorrex, il peut les faire saillir à tour de rôle pour ne pas les fatiguer.

Grâce à ses travaux méthodiques, E. Kohler 

obtient les premiers lapins Rex de couleur mais il régénère en même temps la race Castorrex en apportant du sang neuf. Ses Castorrex régénérés servent alors de point de départ à la grande majorité des élevages français et étrangers.

E. Kohler élève encore bien d'autres espèces et pas seulement des animaux à fourrure : opossums d'Amérique du Sud et d'Australie, mouffettes noires et rayées, blaireaux argentés (premier élevage en France), ratons laveurs gris et noirs, ragondins, castors norvégiens et canadiens, furets, poules d'Alsace noires et blanches, chèvres de la race noble d'Alsace-Lorraine, chats siamois ainsi que des paons bleus dont certains Plobsheimois se souviennent encore. Il possède aussi un troupeau de moutons karakul à Wissembourg.

Exposant ses animaux dans les grands concours internationaux, il gagne les plus hautes récompenses.

Eugène Kohler est le président fondateur de la Société d'Aviculture de Plobsheim créée en 1926. Membre de la Chambre d'Agriculture du Bas-Rhin et fortement engagé dans les associations et syndicats d'éleveurs, il s'intéresse également à la politique. Il entre au conseil municipal de Plobsheim en septembre 1925, suite à la mort du Maire Adolphe Feltz (ou orthographié Felsz) survenue à peine trois mois après son élection. Un nouveau maire doit être élu et Eugène Kohler dépose sa candidature mais c'est finalement Michel Goetz, ancien adjoint au maire, qui est élu.

Sa vie de famille

Marié en 1916 à Marie Joséphin Brunnenkant (1888-197l), Eugène Kohler a trois enfants : Anny Marlise (1917-2001), Jean-Jacques (1919-1974) et Pierre-Paul (1920-1921).

En 1939-40, sa demeure est réquisitionnée par l'Armée française. De retour en Alsace après la Libération, il s'installe dans un appartement au 13 rue Lamey à Strasbourg car son habitation de la Thumenau est sinistrée.

Le professeur Kohler décède à la Thumenau le 18 mars 1969 et repose au cimetière Sainte-Hélène à Schiligheim.

Sa fille Marlise et son gendre habitent le château jusqu'en 1985 après sa vente à la Communauté du Puits de Jacob qui s'en sert aujourd'hui comme centre d'accueil.