Un métier d'autrefois : chercheur d'or du Rhin

L'orpaillage en Alsace

La première mention historique d'orpaillage le long du Rhin est faite dans la charte de fondation de l'abbaye d'Ebersmunster en 667 par le duc d'Alsace, Ethico, père de Sainte Odile.

Une nouvelle mention est faite dans un document datant de 778. En cette année-là, l'évêque Rémi de Strasbourg fonda l'abbaye d'Eschau pour y installer une communauté de chanoinesses. La charte précise qu'elles avaient le droit de recueillir des paillettes d'or du Rhin.

Peu après, tout au nord de l'Alsace, le moine Otfried de Wiessembourg note, au 9e siècle, que dans le pays on lave le sable pour en extraire l'or.

Rue d'Or Strasbourg

Et en 1163 apparaît le nom de la rue d'Or à Strasbourg, celle-ci se trouvant sur un ancien bras du Rhin où se faisait cette récolte.

Cette activité s'est maintenue jusqu'au 19e siècle : les chercheurs d'or ou orpailleurs, « Goldwascher » en alsacien, étaient nombreux tout le long du Rhin, particulièrement de Rhinau jusque vers Karlsruhe.

Comment cet or arrive-t-il dans la vallée rhénane ?

Cet or provient des blocs de quartz aurifère arrachés aux Alpes et transportés par les torrents et rivières jusque vers le Rhin. A force de rouler, ces cailloux s'érodent tout au long de leur parcours et libèrent d'infimes particules d'or, des paillettes minuscules.

Jusqu'au 19e siècle, lors de ses inondations périodiques, de décembre à cause des grandes pluies et de juin à cause de la fonte des neiges dans les Alpes, le Rhin déposait dans la forêt et sur les champs une grande quantité d'alluvions. Ces alluvions peu fertiles n'étaient certes pas une bénédiction pour les paysans ; mais ils en prenaient leur parti en essayant de récolter les paillettes d'or.

Cet or était principalement trouvé sur les bancs de sable le long des rives ou encore sur les iles de gravier qui se formaient en fonction des crues et du courant. Il fallait faire vite puisque la crue suivante pouvait faire disparaître à nouveau ces bancs et ces iles.

L'orpaillage à Plobsheim

En 823 l'orpaillage occupait déjà quelques habitants du village de Dumenheim (l'actuelle Thumenau, hameau à 2 km de Plobsheim et rattaché de nos jours à la commune). Le nom de « Scherrsand » c'est-à-dire sable à gratter qui est resté attaché à ce lieu-dit en témoigne encore aujourd'hui.

Ne pouvait pas être orpailleur qui voulait : cette activité a toujours été soumise à réglementation.

A Plobsheim, fief seigneurial et village de pêcheurs du bord du Rhin, l'orpaillage est attesté au 15e siècle.

En effet en 1416, le fief est donné à Johann Zorn von Eckerig en 1416 par le roi Sigismond. Pendant 268 ans, de 1416 à 1684, le destin de Plobsheim va être lié à cette famille. De par la proximité géographique avec Strasbourg, ce fief permet aux Zorn de bénéficier des privilèges d'Immédiateté qui leur conféraient entre autres : «... le droit de Chasse au Lévrier ou à l'Oiseau, le droit de Pesche (pêche) de l'or dans le Rhin... ». Ainsi, on sait que l'orpaillage était une des activités des habitants de Plobsheim, certainement secondaire de par la faible rentabilité.

Dans le notariat ancien ou encore dans "les Livres des Familles", on retrouve des orpailleurs de profession. Une des maisons de Plobsheim porte encore le nom «'S Goldwacher's». Il a été donné du temps de Martin Fischer en 1869, « batelier et orpailleur », qui s'est installé là avec sa femme et ses deux enfants.

 

Orpailleur du Rhin dans le livre de Charles Graf

Orpailleurs du Rhin
Extrait de "L'Alsace, le pays et ses habitants" de Charles Graf, fin 19e siècle

La fin de l'orpaillage du Rhin

L'orpaillage du Rhin n'a jamais été rentable, les paillettes étant très petites : il en faut énormément pour avoir 1 gramme d'or !

Dans le livre de Charles Grad écrit à la fin du 19e siècle, on peut lire : « Le poids d'or des paillettes dépassait rarement 6 grammes pour 10 tonnes de gravier pelleté ». Ce qui rendait la tâche particulièrement difficile et ingrate. 

Mais cet or était très apprécié des orfèvres de Strasbourg. Car les fines paillettes que le Rhin charriait parmi d'autres matériaux arrachés aux Alpes, étaient d'une très grande pureté et se prêtaient admirablement aux dorures des bijoux et autres objets précieux.

C'est après 1870 que l'orpaillage disparaît progressivement, avec la régularisation progressive du Rhin qui en limitait les inondations mais a rendu le courant beaucoup plus fort, d'où moins de dépôts de sable et gravier. Les travaux de rectification du fleuve sous l'ingénieur Tulla, en supprimant les méandres, ont diminué la longueur du Rhin de 72 km. La vitesse de l'onde de crue de Bâle à Mannheim est passée de 110 heures à 90 heures, ce qui montre bien l'accélération du courant.

D'autre part la découverte et l'exploitation de gisements d'or beaucoup plus rentables notamment en Amérique a fait s' effondrer le cours de l'or.

Mais on peut toujours encore en trouver : le Rhin continue d'amener dans la plaine d'Alsace ces précieuses paillettes enlevées au massif des Alpes.

Alors à vos battées ! 

 

Monument des orpailleurs à Goldscheuer (photo Uwe Hauser )

Fontaine dédiée aux orpailleurs du Rhin à Goldscheuer
au sud de Kehl, en face de l'ile du Rohrschollen de Strasbourg
(photo Uwe Hauser )

Sources :
- Thèse de Martin Deutsch : « 400 ans de protestantisme à Plobsheim »
- DNA Article du 16 octobre 1998 par Guy Trendel : « On a marché sur l'or ! »
- DNA Article du 17 octobre 1998 par Guy Trendel : « Un salaire de misère pour un peu d'or »
- Journal L'ami du peuple – Article du 16 août 1970 de François Walgenwitz : « Un métier disparu des bords du Rhin : l'orpaillage »
- « L'Alsace, le-pays et ses-habitants » de Charles-Grad, livre écrit à la fin du 19e siècle.

Accès libre au texte sur le site de la BNF à l'adresse :
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k102794h/f16.item.r=Charles+Grad,+%7BL'Alsace,+le+pays+et+ses+habitants.langFR

 

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