Ceux qui alimentaient la batteuse (les engreneurs) dans les vieilles granges à la hauteur réduite étaient obligés de travailler toute la journée à genou. Ils s’étaient fabriqué un couteau à partir d’une vieille faucille. Ils le nouaient au poignet pour qu’il ne tombe pas dans le batteur(« Kàste ») et coupaient les liens naturels des gerbes. Plus tard, les gerbes liées avec de la f icelle compliquaient encore plus la tâche : il fallait ôter la ficelle pour ne pas bloquer le batteur et risquer de faire tomber les courroies reliées au moteur.
C’était un travail très dur à cause de la poussière et de la chaleur sous les tuiles de la grange. Ceux qui se trouvaient sur le tas de céréales nouaient le bas de leur pantalon pour que les souris ne puissent pas y grimper !
Le grain était monté au grenier par les costauds : il y avait toujours des volontaires, un peu par orgueil ! Pourtant, ce n’était pas rien : porter sur le dos quatre-vingts ou cent kilos, traverser la cour, monter au grenier par un escalier assez raide, vider le sac et ensuite revenir prendre le suivant qui ne tardait pas à être plein à son tour. Pour une caisse de bières, ils étaient prêts à porter jusqu’à 120 kilos !
Le battage se faisait dans un certain ordre : d’abord l’avoine, ensuite le seigle, puis le blé et enfin l’orge, dans le sens inverse des récoltes puisque les gerbes des dernières récoltes cachaient celles qui avaient été déposées en premier dans la grange, c'est-à-dire l'orge.
Dans certaines granges, la paille reprenait la place où étaient entreposées les céréales à battre. Il fallait donc d’abord charger la paille sur des charrettes, pour les décharger à nouveau à la fin du battage. En cas de pluie, les charrettes étaient bâchées ou vite entreposées dans une grange libre aux alentours. Dans d’autres, un emplacement était déjà prévu pour stocker la paille. Ce qui était un gain de temps.
A l’issue du battage, les céréales étaient stockées dans des locaux aérés avec des compartiments pour chaque sorte. Dans certains greniers, les sacs remplis de grains étaient posés au sol. Au milieu du sac, un bâton en noisetier permettait de remuer de temps en temps pour éviter les moisissures.